Make et Zapier sont les deux plateformes d'automatisation les plus utilisées par les PME et les équipes ops. Leurs noms reviennent dans à peu près toutes les conversations sur le no-code, et les deux permettent de connecter des applications pour faire tourner des workflows sans écrire de code. Mais ce n'est pas parce qu'elles font la même chose qu'elles sont interchangeables.
On travaille avec les deux chez Noxcod. Sur des années de projets clients, le choix entre Make et Zapier n'est jamais une question de goût : c'est une question de profil de projet et de trajectoire de coût. Sur des flux simples à connecter rapidement, Zapier gagne. Sur des automatisations avec plusieurs branches, des traitements de données, des agents IA intégrés ou des volumes importants, Make est difficile à battre - surtout au vu des prix. Voici la comparaison honnête.
Deux philosophies d'automatisation
Zapier fonctionne sur un modèle linéaire : un déclencheur, une ou plusieurs actions, dans l'ordre. L'interface ressemble à une liste de tâches. Pour quelqu'un qui n'a jamais touché à l'automatisation, c'est rassurant : on voit clairement ce qui se passe, dans quel ordre. En 30 minutes, on peut avoir un premier Zap fonctionnel qui envoie une notification Slack à chaque nouveau lead Typeform, ou qui copie automatiquement les réponses d'un formulaire dans une feuille Google Sheets.
Make fonctionne sur un canvas visuel. Les scénarios ressemblent à des diagrammes : des modules reliés entre eux par des fils, avec des routeurs qui branchent vers des chemins différents selon des conditions, des itérateurs pour traiter des listes d'éléments, des agrégateurs pour recombiner des résultats. C'est visuellement plus dense et ça prend quelques projets pour s'y sentir à l'aise. Mais pour un workflow avec cinq sources de données, trois conditions et deux branches de sortie, le canvas de Make est clairement plus lisible qu'une liste Zapier avec des filtres imbriqués et des Paths enchaînés.
Cette différence de conception a une conséquence directe sur la maintenabilité. Un scénario Make complexe se lit comme un diagramme : on repère en un coup d'oeil où se trouve la logique conditionnelle, quels modules reçoivent quelles données, où les erreurs risquent de se produire. Un enchaînement de Zaps Zapier avec des multi-steps et des Paths multiples devient difficile à auditer après quelques mois, surtout si c'est une autre personne qui l'a créé.
Make a aussi introduit Make Grid, une cartographie automatique des dépendances entre scénarios et applications actives. C'est utile quand une organisation fait tourner 40 scénarios : avant de modifier une connexion API, on voit immédiatement quels scénarios seront impactés. Zapier n'a pas d'équivalent à ce jour.

Catalogue d'intégrations : qualité contre quantité
Zapier affiche plus de 8 000 intégrations d'applications. Make en compte 3 521 selon son catalogue officiel. Si on s'arrête là, Zapier gagne. Mais ce chiffre seul ne dit pas grand-chose.
Make propose en moyenne environ deux fois plus d'actions préconfigurées par application que Zapier. Pour Xero, le logiciel de comptabilité, Make offre 84 actions distinctes contre 25 chez Zapier. Pour une automatisation comptable un peu sérieuse, la différence entre "créer une facture" et "créer une facture, mettre à jour un contact, appliquer un crédit, générer un avoir" se joue directement dans les modules disponibles. À 25 actions contre 84, les intégrations Zapier couvrent les cas standards mais passent à côté de la plupart des opérations métier avancées.
Deux critères à vérifier en pratique : l'application dont vous avez besoin est-elle présente sur Make, et dispose-t-elle des actions nécessaires ? Pour les outils grand public et américains (Slack, Gmail, Notion, Stripe, HubSpot, Airtable), les deux plateformes couvrent l'essentiel. Pour un SaaS B2B de niche ou un outil moins répandu, Zapier a plus de chances de l'avoir, même avec peu d'actions. Pour les outils français ou européens peu connus, les deux sont souvent insuffisants et il faut passer par des connexions HTTP personnalisées.
Make intègre aussi 560 applications IA nativement dans son catalogue, et ses agents IA sont disponibles dans tous les plans payants sans surcoût spécifique. Cela permet de glisser une décision LLM (classifier un email, extraire une information, générer un résumé) directement dans un scénario sans passer par une app tierce ou un plan premium séparé. Chez Zapier, les fonctionnalités IA avancées sont facturées en dehors du plan principal à partir d'un certain usage.
Tarifs : le vrai calcul pour 10 000 opérations par mois
Les deux plateformes ont des modèles de facturation différents qui rendent la comparaison directe moins évidente qu'il n'y paraît.
Make facture en crédits : chaque module (déclencheur, action, module de recherche) consomme 1 crédit à chaque exécution. Le plan Core à 9 dollars par mois (facturé annuellement) inclut 10 000 crédits, avec des scénarios actifs illimités et des intervalles d'exécution jusqu'à la minute. Un workflow en 5 modules qui se déclenche 500 fois dans le mois consomme 2 500 crédits - bien dans le plan Core. Point à surveiller : les vérifications de polling consomment elles aussi des crédits, même quand aucune nouvelle donnée n'est trouvée. Sur des scénarios configurés pour se déclencher toutes les minutes, ça s'accumule. Il faut dimensionner les intervalles selon le besoin réel, pas au minimum par défaut.
Zapier facture en tâches : une tâche correspond à une action qui produit un résultat (envoyer un email, créer un contact, modifier un enregistrement). Depuis début 2026, les étapes utilitaires (Filter, Formatter, Paths, Delay, Looping, Sub-Zap) ne comptent plus comme des tâches. C'est un changement significatif qui rend les workflows complexes beaucoup moins coûteux qu'avant. Le plan Starter est à 19,99 dollars par mois (facturé annuellement) pour 750 tâches, avec des workflows illimités.
Le tableau comparatif pour un usage mensuel courant :
| Plan | Prix mensuel (annuel) | Inclus | Source |
|---|---|---|---|
| Make Free | 0 $/mois | 1 000 crédits, 2 scénarios actifs | make.com/pricing - juin 2026 |
| Make Core | 9 $/mois | 10 000 crédits, scénarios illimités | make.com/pricing - juin 2026 |
| Make Pro | 16 $/mois | 10 000 crédits, exécution prioritaire | make.com/pricing - juin 2026 |
| Make Teams | 29 $/mois | 10 000 crédits, rôles d'équipe | make.com/pricing - juin 2026 |
| Zapier Free | 0 $/mois | 100 tâches, zaps illimités (2 étapes max) | zapier.com - juin 2026 |
| Zapier Starter | 19,99 $/mois | 750 tâches, workflows multi-étapes | zapier.com - juin 2026 |
| Zapier Team | 69 $/mois | Volume supérieur, SSO, dossiers partagés | zapier.com - juin 2026 |

À volume équivalent (10 000 opérations par mois), Make Core à 9 $/mois revient environ deux fois moins cher que Zapier. Sur des budgets PME où chaque poste compte, c'est un argument concret. La trajectoire de prix est aussi plus prévisible chez Make : les volumes supplémentaires s'achètent par paliers de crédits, sans que la facture n'explose soudainement.
Logique complexe : où Make prend l'avantage
Prenons un cas concret : un workflow de qualification de leads qui fait ceci - réception d'un formulaire, vérification dans la base de données si le contact existe déjà, branchement selon le résultat, appel à une API externe pour enrichissement, création ou mise à jour dans le CRM, envoi d'un email personnalisé selon le score calculé, notification Slack à l'équipe commerciale selon la région. Sept étapes, deux branches, une API, une condition sur le score.
Sur Zapier, ça prend plusieurs Zaps chainés avec les contraintes que ça implique sur la visibilité et la maintenance, ou un Zap très long avec des Paths. Sur Make, c'est un seul scénario sur le canvas, lisible en un coup d'oeil. Make n'impose pas de limite sur le nombre de modules dans un scénario (Zapier plafonne à 100 étapes par Zap). Les routeurs, itérateurs et agrégateurs font partie du kit de base, sans surcoût.
La gestion des erreurs est un autre point de différenciation. Make propose des gestionnaires d'erreurs natifs sur chaque module : ignorer et continuer, retenter N fois, notifier sur Slack, déclencher un scénario de rattrapage. On définit le comportement voulu pour chaque point de défaillance potentiel. Sur Zapier, la gestion des erreurs passe par des apps tierces ou des branches supplémentaires qui consomment des tâches.
Pour les automatisations qui traitent des listes - parcourir 200 lignes d'un tableau, envoyer un email pour chaque enregistrement, agréger les résultats - les itérateurs et agrégateurs de Make gèrent ça nativement. C'est le genre d'opération qui demande des contournements créatifs sur Zapier et qui fait souvent exploser les compteurs de tâches.
Facilité de prise en main : Zapier gagne à court terme
Si une équipe sans background technique doit créer une première automatisation dans la journée, Zapier est le bon choix. L'onboarding est guidé, les triggers et actions sont bien documentés, la communauté (forums, articles, vidéos YouTube) est la plus grande de l'écosystème d'automatisation. Pour un solopreneur ou une petite équipe sans ops dédié, le temps investi pour maîtriser Make n'est pas forcément rentable si les workflows restent simples et peu nombreux.
Make a une courbe d'apprentissage réelle. Le canvas déroute au départ : pourquoi les modules ne s'enchaînent-ils pas simplement de gauche à droite ? Qu'est-ce qu'un "bundle" exactement ? Comment fonctionnent les itérateurs ? Ces questions disparaissent après quelques scénarios, mais il faut compter une à deux semaines d'exploration active avant d'être vraiment opérationnel. Pour une équipe qui veut gagner en temps immédiatement, c'est un coût à prendre en compte.
Sur les projets clients chez Noxcod, on voit un schéma qui revient : les équipes démarrent avec Zapier pour des flux simples, puis atteignent les limites 12 à 18 mois après - soit parce que les workflows deviennent plus complexes, soit parce que le coût mensuel grimpe trop vite avec le volume. À ce stade, la migration vers Make (ou vers n8n pour les équipes techniques) est une vraie question. Notre comparatif n8n vs Make et notre comparatif n8n vs Zapier couvrent cette décision en détail.
L'autre différence de prise en main concerne la documentation. Zapier investit massivement dans sa documentation et ses guides d'utilisation. Make a aussi une bonne documentation, mais les cas avancés (itérateurs, agrégateurs, error handlers) sont moins couverts par des tutoriels gratuits en français.
Contexte et tendance : pourquoi l'automatisation est une priorité en 2026
Le marché mondial de l'automatisation des workflows est valorisé à 26 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 40,77 milliards en 2031, selon Mordor Intelligence, avec un taux de croissance annuel composé de 9,41 %. Le segment qui croît le plus vite est celui des PME, avec un TCAC de 10,19 % : les plateformes comme Make et Zapier ont rendu l'automatisation accessible sans budget IT dédié.
Ce contexte change la donne sur le choix de plateforme. Une entreprise qui commence avec Zapier Starter à 750 tâches par mois et qui passe à 10 000 tâches en deux ans verra sa facture être multipliée. Construire sur Make dès le départ coûte un peu plus en formation, mais la trajectoire de prix est beaucoup plus prévisible sur le long terme. C'est un argument que les décideurs devraient intégrer au moment du choix initial, pas deux ans après quand la migration devient coûteuse.
Pour les équipes qui veulent garder un contrôle total sur leurs données (conformité RGPD stricte, secteur réglementé), ni Make ni Zapier ne suffisent : les deux sont des services cloud dont les serveurs sont hors de France. n8n auto-hébergé, dont on a publié un guide des meilleurs workflows n8n, est l'alternative à considérer dans ces cas.
Verdict par profil
Zapier convient si : l'équipe est non-technique et doit être autonome rapidement, les workflows sont simples (un déclencheur, une à trois actions linéaires), le volume reste inférieur à 2 000 tâches par mois, et la rapidité de mise en place prime sur l'optimisation des coûts. Notre guide Zapier complet couvre les fonctionnalités en détail.
Make convient si : les workflows impliquent plusieurs branches, des transformations de données, des itérations sur des listes, des APIs personnalisées ou des agents IA intégrés ; si l'équipe peut investir une semaine de formation initiale ; ou si le volume dépasse 3 000 à 4 000 opérations par mois et que la maîtrise du budget compte. Notre guide Make est un bon point de départ, et notre page agence Make présente nos prestations d'implémentation.
Il n'y a pas de bon ou mauvais choix absolu. L'erreur est de choisir l'outil le plus familier plutôt que celui qui correspond au profil du projet. Un workflow simple sur Make, c'est over-engineered. Un workflow complexe sur Zapier, c'est coûteux et difficile à maintenir. Les deux outils ont leur place dans un stack no-code bien construit.
FAQ
Make est-il vraiment moins cher que Zapier ?
À volume équivalent, oui. Make Core à 9 $/mois inclut 10 000 crédits ; Zapier Starter à 19,99 $/mois inclut 750 tâches. Pour des workflows à 5 modules se déclenchant 2 000 fois par mois (10 000 crédits Make), Zapier nécessiterait un plan supérieur. Attention toutefois : le polling Make consomme des crédits même sans données nouvelles, ce qui peut réduire l'écart sur les scénarios très fréquents.
Peut-on migrer de Zapier vers Make sans tout reconstruire ?
Make propose un outil d'import qui convertit automatiquement les Zaps simples en scénarios Make. Les cas basiques (déclencheur + actions linéaires) passent bien. Les Zaps avec Paths ou une logique conditionnelle doivent être refaits à la main. Pour une migration sérieuse, comptez une journée de travail par 20 à 30 Zaps complexes.
Les deux sont-ils conformes RGPD ?
Oui, les deux sont certifiés SOC 2 Type II, ISO 27001 et conformes RGPD. Make est une entreprise tchèque, Zapier américaine. Les deux proposent des clauses contractuelles types (SCCs) pour les transferts de données hors UE. Si la localisation des données en Europe est une contrainte dure, n8n auto-hébergé est la seule option qui offre un contrôle total.
Quel est le meilleur pour les agents IA ?
Make a une longueur d'avance sur ce point : ses agents IA sont disponibles dans tous les plans payants sans supplément, et 560 applications IA sont intégrées nativement dans son catalogue. Zapier a ses propres fonctionnalités IA (Copilot, agents), mais elles sont facturées séparément au-delà d'un usage de base. Pour des workflows qui mélangent automatisation classique et LLM, Make est mieux adapté aujourd'hui.